J’apporterai une nuance importante au raisonnement d’Éric Heyer.
La balance courante qui regroupe les échanges de biens et de services, les revenus et les transferts courants n’est pas exactement à l’équilibre comme il l'affirme. Selon le dernier rapport de la Banque de France, le déficit des transactions courantes s’est établi à 11,6 milliards d’euros en 2025 (après 9,3 milliards en 2024), soit environ 0,4 % du PIB. La France importe donc un peu plus de biens et de services qu’elle n’en exporte, même si ce déficit reste sans commune mesure avec le déficit public (152,5 milliards d’euros en 2025, soit 5,1 % du PIB).
Il faut toutefois distinguer clairement les flux et les stocks. La balance courante mesure un flux annuel. La position extérieure nette (PEN) mesure un stock : la différence entre les avoirs que la France détient à l’étranger et les engagements qu’elle a vis-à-vis du reste du monde. Fin 2025, la PEN s’établissait à –885 milliards d’euros, soit –29,6 % du PIB (après –704 milliards en 2024). La France est donc globalement débitrice nette vis-à-vis de l’extérieur : ses engagements dépassent ses créances.
D'autre part, l’idée selon laquelle le déficit public serait simplement « transféré et compensé » en interne par l’épargne des ménages et que la France n’aurait donc pas besoin de financements extérieurs est une vision partielle. En comptabilité nationale, l’identité des soldes sectoriels est claire : le besoin de financement des administrations publiques est largement compensé par la capacité de financement du secteur privé, principalement des ménages. C’est pourquoi le déficit courant reste modeste alors que le déficit public est élevé, ce qui indique un problème de dépense de la sphère publique.
Mais cette compensation macroéconomique ne signifie pas l’absence de dépendance extérieure. Une part importante de la dette publique négociable de l’État est détenue par des non-résidents (environ 56 % à 57 % selon les derniers rapports de la Banque de France). Par ailleurs, une fraction non négligeable de l’épargne des résidents est placée à l’étranger, tandis que les investisseurs étrangers achètent massivement des titres publics français, très liquides. Il en résulte un décalage de composition : l’épargne nationale ne finance pas intégralement, dans les faits, la dette publique nationale. En raison de son déficit courant persistant, même limité, et surtout de sa position extérieure nette franchement négative, la France reste donc dépendante du financement extérieur. Cette dépendance porte moins sur le flux annuel que sur le stock à refinancer et sur la sensibilité aux conditions de marché et au spread avec le Bund.
Comment sortir de l'impasse budgétaire ? 💰
Sur le plateau des Experts, Éric Heyer dresse le diagnostic de l'économie française : si la trajectoire budgétaire de la France reste préoccupante, elle reste tenable et moins dégradée que d'autres pays