Pars. Maintenant. Démissionne et rends la parole aux Français avec une élection anticipée. Ce serait le premier vrai acte de courage de ta présidence. Et peut-être le seul dont l'histoire se souviendra.
Macron, je t'adresse ce message. Je sais que tu ne le liras pas, mais je vais l'écrire quand même.
En 2017, tu étais l'espoir de toute une génération d'entrepreneurs. Un président jeune, qui parlait de start-up, de risque, de réussite, qui semblait enfin comprendre qu'une richesse doit être créée avant d'être redistribuée. Beaucoup d'entre nous ont voulu y croire. Beaucoup étaient naïfs. Puis beaucoup ont été déçus. Et aujourd'hui, beaucoup sont simplement dégoûtés.
Dans ta dernière interview, tu expliques que tu n'es pas responsable. Que c'est la faute du contexte, des crises, des oppositions, du monde entier. Près de dix ans au pouvoir, et rien ne serait de ton fait.
Mais tu ne trompes plus personne. Une dette qui dépasse les 3 300 milliards d'euros. Les dépenses publiques parmi les plus élevées du monde développé. Des impôts records. Et en face, un hôpital à bout de souffle, une école qui décroche, une insécurité qui progresse, des gouvernements qui tombent les uns après les autres. L'État est partout, les résultats nulle part. Vu de l'extérieur, cela ressemble à un plan méthodique de démolition de la France. Et je dois le reconnaître : si c'en est un, tu as été très fort.
Et ce que tu as fait à la France, tu le fais en grand avec l'Europe. Un projet de planification centrale que personne n'a demandé, piloté par des gens que personne n'a élus, qui empile les normes, les directives et les interdictions. Un projet qui, comme tous les projets de ce type avant lui, finira par s'effondrer sous son propre poids.
Récemment, je déjeunais avec deux intellectuels français qui te connaissent bien. Le débat de la table était simple : est-il intelligent et cynique, ou est-il tout simplement stupide ?
Je vais te faire une fleur. Je vais partir du principe que tu n'es pas cynique. Que tu es de bonne foi, que tu as été emporté par quelque chose qui te dépasse. Alors laisse-moi t'expliquer pourquoi ta politique ne marche pas, et pourquoi les Français te détestent.
J'ai le souvenir d'une vidéo où Javier Milei t'offre des livres d'économie autrichienne. Visiblement, tu ne les as pas lus. Dommage, tout y était.
Commençons par ta fierté : la start-up nation. C'est une blague. Tu as construit une machine à financer le pré product market fit. Subventions, prêts d'honneur, BPI, labels, concours, trophées, French Tech partout. Jamais il n'a été aussi facile en France de lever quelques centaines de milliers d'euros pour une idée. Et jamais il n'a été aussi difficile de faire grandir une entreprise qui marche.
Parce que le vrai combat commence après le product market fit. Recruter vite. Payer bien. Partager le capital avec ses équipes. Se séparer de quelqu'un quand il le faut. Lever 100 millions. Conquérir le monde. Et là, ton système s'effondre. Un ingénieur coûte presque deux fois son salaire net. Le capital est taxé comme un péché. Le droit du travail transforme chaque embauche en pari risqué. Il n'y a pas de fonds de pension, donc pas de capital local pour les tours de croissance. Résultat : tu as subventionné la naissance de milliers d'entreprises et organisé l'exil de celles qui réussissent. Les meilleures finissent à San Francisco, à New York, ou rachetées par des Américains. Je fais l'aller-retour entre Paris et San Francisco, je le vois tous les mois.
Si tu étais vraiment aussi intelligent qu'on le dit, tu aurais lu Hayek. Et Friedman.
Hayek t'aurait appris une chose simple : aucun planificateur, aucun ministère, aucun énarque, aussi brillant soit-il, ne peut connaître ce que savent des millions d'individus qui agissent, échangent et prennent des risques chaque jour. Le savoir est dispersé. Le prix est l'information. Quand l'État prétend décider à la place du marché, il ne remplace pas l'information, il la détruit. C'est tout le sens de La Route de la servitude.
Friedman t'aurait appris qu'il n'existe pas de repas gratuit. Que l'argent public n'existe pas, il n'y a que l'argent des contribuables. Et que celui qui dépense l'argent des autres pour les autres ne fait attention ni au coût ni au résultat.
Relis ta présidence avec ces deux grilles. Le quoi qu'il en coûte. Les chèques, les boucliers, les primes. Les plans d'investissement décidés depuis l'Élysée. Les normes qui étouffent les agriculteurs, les artisans, les entrepreneurs. Chaque intervention crée une distorsion, chaque distorsion justifie une nouvelle intervention, et la spirale ne s'arrête jamais. Ce n'est pas un accident. C'est la conséquence mécanique de l'étatisme.
Et les Français te détestent pour une raison simple : ils paient toujours plus et reçoivent toujours moins. Et pendant ce temps, tu leur parles des gens qui ne sont rien, tu leur dis de traverser la rue, tu passes la réforme des retraites au 49.3, tu dissous l'Assemblée sur un coup de tête et plonges le pays dans l'instabilité. Le mépris, plus l'échec. C'est une combinaison que les peuples ne pardonnent pas.
Et quand, ailleurs dans le monde, des dirigeants montrent qu'une autre voie existe, tu les appelles l'internationale réactionnaire. C'est commode. Ça évite de regarder leurs résultats.
Alors regardons-les. Quand Milei est arrivé, l'Argentine avait une inflation à plus de 200% par an. Tout le monde annonçait le chaos. Il a pris la tronçonneuse, supprimé des ministères, coupé dans la dépense publique. L'inflation mensuelle est passée de plus de 25% à quelques pourcents. L'Argentine a dégagé son premier excédent budgétaire depuis plus d'une décennie. On lui promettait l'émeute, il a remporté les élections de mi-mandat.
Bukele a pris l'un des pays les plus meurtriers de la planète. Le Salvador est devenu l'un des pays les plus sûrs du continent. Sa popularité ferait rêver n'importe quel dirigeant européen. Tu peux ne pas aimer leurs méthodes. Mais eux ont des résultats. Toi, tu as des excuses.
Et laisse-moi te dire d'où je parle. Je viens de Bretagne, près de Lorient. Mes grands-parents étaient agriculteurs. Je n'avais ni réseau, ni nom, ni grande école. J'ai appris à coder seul à 12 ans. À 15 ans, j'avais sorti un jeu joué par des dizaines de milliers de personnes. J'ai pris l'ascenseur social par la technologie, et uniquement par elle. Ton école, gauchiste jusqu'à la moelle, ne m'a jamais rien apporté. 90% de mes profs étaient médiocres, plus occupés à diffuser leur idéologie qu'à transmettre un savoir. Tout ce que j'ai, je l'ai construit malgré le système. Pas grâce à lui. Et aujourd'hui, ce petit-fils d'agriculteurs bretons a eu la chance d'échanger avec Elon Musk, de parler avec lui en privé, et d'être régulièrement repartagé par Javier Milei. Ceux-là mêmes que tu appelles l'internationale réactionnaire. Eux ont pris le temps d'écouter un entrepreneur parti de rien. Toi, tu ne l'as jamais fait.
Alors maintenant que tu as lu tout ça, assume. Prends tes responsabilités.
Tu es l'incarnation de l'étatisme à outrance. Un modèle qui n'a jamais marché nulle part. Qui ne produit que des métastases de corruption, de clientélisme et de bureaucratie. Qui fait fuir les vrais talents. Je ne compte plus les génies partis. Les ingénieurs, les chercheurs, les fondateurs qui auraient pu bâtir la France de demain et qui la bâtissent ailleurs.
Et ton Europe chérie n'est que la version bâtarde de la France à l'échelle d'un continent. Un cancer bureaucratique où de fausses élites, à peine intelligentes, croient créer de la valeur alors qu'elles ne font que détruire cette Europe si belle. L'Europe des cathédrales, de la Renaissance, des Lumières, de la révolution industrielle. L'Europe qui a inventé le monde moderne et qui aujourd'hui ne sait plus que le réglementer.
Pars. Maintenant. Démissionne et rends la parole aux Français avec une élection anticipée. Ce serait le premier vrai acte de courage de ta présidence. Et peut-être le seul dont l'histoire se souviendra.
Brivael, entrepreneur breton.