Monsieur Labeaume, relisez lâannexe avant de jouer au professeur Dumbledore.
Vous qualifiez Ăric Duhaime dâ« alchimiste budgĂ©taire » parce que son cadre financier intĂšgre des effets dynamiques. Câest moins de la magie que de la lecture. Vous auriez dĂ» ouvrir lâAnnexe A du Cadre financier du Parti conservateur du QuĂ©bec « Effets dynamiques » Ă©crite pour les nuls. Ce nâest pas de la poudre de perlimpinpin. Câest exactement ce que mesure dĂ©jĂ le simulateur fiscal de la Chaire de recherche en fiscalitĂ© et en finances publiques de lâUniversitĂ© de Sherbrooke : effet direct, effet indirect et effet comportemental. Le Directeur parlementaire du budget Ă Ottawa applique la mĂȘme logique, avec des Ă©lasticitĂ©s prudentes. Des Ă©conomistes quĂ©bĂ©cois le documentent depuis des annĂ©es. Le PCQ ne prĂ©tend pas quâune baisse dâimpĂŽt « se paie toute seule ». Il refuse lâhypothĂšse inverse â lâĂ©lasticitĂ© nulle â que ces outils ont dĂ©jĂ Ă©cartĂ©e. RĂ©cupĂ©ration retenue : 15 Ă 18 % sur le montant personnel de base. Ce nâest pas de lâor fabriquĂ© avec du plomb. Câest plutĂŽt du travail de fourmi de Poufsouffle : mĂ©thodique, documentĂ©, sans baguette magique.
Vous trouvez « cocasse » de rĂ©duire 20 000 postes par attrition. Pourtant, huit jours avant votre chronique, La Presse vous prĂ©sentait comme le champion du « rĂ©gime minceur » : prĂšs de 800 postes coupĂ©s Ă QuĂ©bec, environ 15 % de lâeffectif, « sans mettre la hache », par non-remplacement des dĂ©parts. Ce qui Ă©tait de la gestion responsable Ă lâhĂŽtel de ville devient de lâĂ©sotĂ©risme dĂšs quâon lâapplique Ă lâĂtat. La CAQ, elle, a ajoutĂ© de lâordre de 100 000 employĂ©s au secteur public depuis 2018. RĂ©sultat ? Budget de la santĂ© en hausse dâenviron 58 %, attente mĂ©diane aux urgences allongĂ©e de 41 minutes. Page 39 du Cadre : Sonia LeBel, ancienne prĂ©sidente du SecrĂ©tariat du Conseil du trĂ©sor de la CAQ, a elle-mĂȘme dĂ©jĂ envisagĂ©, dans des travaux internes, une cible de lâordre de 3 % des dĂ©penses de portefeuille. Le PCQ vise beaucoup moins, sans toucher aux services de premiĂšre ligne.
Quant Ă la dĂ©rĂ©glementation et aux barriĂšres interprovinciales, le Cadre nâinvente rien : il retient une part seulement des hausses de PIB documentĂ©es par des sommitĂ©s en Ă©conomie et le FMI â de lâordre de 1 Ă 4 % selon les annĂ©es. Le QuĂ©bec a encore 27 exceptions Ă lâaccord de libre-Ă©change canadien. LâOntario en a zĂ©ro. Ce nâest pas de la magie. Câest de la paperasse.
Parlons de vos propres « grands succĂšs financiers », le Centre VidĂ©otron. Construction sous le budget, dâaccord. Exploitation : onze ans, et la Ville a encore dĂ» renvoyer le loyer Ă QuĂ©becor presque chaque annĂ©e â quelque 25 millions $ pour Ă©ponger des dĂ©ficits. Les Nordiques, eux, nâont jamais dĂ©barquĂ©. Un amphithéùtre payĂ© par les contribuables pour un rĂȘve de ligue majeure, ce nâest pas de lâalchimie. Câest de la politique spectacle.
Le cadre PCQ refuse les Ă©carts Ă rĂ©sorber (vous connaissez?), refuse de dĂ©pouiller la rĂ©serve dâurgence en cas dâimprĂ©vus, refuse de piger dans le Fonds des gĂ©nĂ©rations et refuse de compter sur des transferts fĂ©dĂ©raux non signĂ©s. Il prĂ©sente des gestes de contrĂŽle rigoureux identifiĂ©s et des allĂšgements chiffrĂ©s. Votre texte, lui, mĂ©lange Harry Potter, le chien de Pavlov et Northvolt pour Ă©viter de discuter les chiffres. Les QuĂ©bĂ©cois nâont pas besoin dâun Ă©lixir dâimmortalitĂ©. Ils ont besoin quâon arrĂȘte dâembaucher des dizaines de milliers de personnes pendant que les civiĂšres sâempilent. Ce nâest pas de la prestidigitation. Câest de lâarithmĂ©tique.
Les contribuables Ă©touffent pendant que lâĂtat engraisse. Avec le PCQ, on ose sonner la fin de la rĂ©crĂ©ation. Plus de tours de passe-passe digne de Poudlard, plus de pierre philosophale : juste du sĂ©rieux, des chiffres et un peu de travail de fourmi.
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