Apolline de Malherbe a le visage de ce qu’elle défend. L’agressivité n’y est pas une humeur : elle est gravée, permanente, presque anatomique — un pli d’antipathie qui ne se relâche jamais . On ne lit pas seulement de l’hostilité ; on lit la certitude d’appartenir au camp
du bien et la permission que cette certitude donne de traiter l’interlocuteur comme un suspect en garde à vue permanente. C’est élégant, à sa manière : une antipathie de bonne compagnie.
Hier, sur BFM, face au maire de Trappes, elle a donné le spectacle complet. Ali Rabeh, élu de Génération.s, dont la ville a longtemps servi de vivier et de relais aux réseaux des Frères musulmans, n’a rencontré ni contradiction réelle, ni distance, ni même la moindre curiosité un peu rugueuse. Une carpette, donc. Non pas par faiblesse, mais par vocation : la soumission idéologique rendue naturelle, presque décorative. Elle est odieuse avec ce qui reste de droite non repentante, et elle se fait humble, presque câline, dès que l’invité porte les couleurs macroniennes ou mélenchonistes — on aurait dit qu’elle cherchait à se faire pardonner d’exister. La pensée unique n’a plus besoin de se justifier ; elle s’est faite inique, et elle nous la sert, matin et soir, sur les chaînes publiques comme sur les privées, avec le même ton de pédagogue outragée qui explique aux survivants pourquoi ils ont tort d’avoir encore des doutes. On admire la constance.
Joli nom, joli château, particule et patrimoine. Rien de tout cela n’a produit de colonne vertébrale. L’aristocratie de façade a cédé la place à la fonction : être le visage présentable, un peu hautain, de l’islamo-gauchisme médiatique. Elle ne discute pas ; elle administre le réel au nom du camp qu’elle a choisi. Et le visage, lui, ne ment pas : il montre déjà ce que la phrase essaie encore de dissimuler — une sorte de masque funéraire anticipé, figé dans l’expression de celle qui a déjà choisi de quel côté elle tombera quand le décor s’effondrera. C’est presque touchant, cette fidélité anticipée.
Chipie de Caumon