La politique monétaire n'est pas seulement technique, elle est surtout un sujet politique qui engage le destin de la France et les conditions de vie très concrètes des Français.
Du 29 juin au 1er juillet, le forum annuel de la Banque centrale européenne, a réuni, à Sintra au Portugal, gouverneurs, économistes et responsables monétaires autour des grands défis économiques du continent. Derrière les débats techniques se jouent des décisions qui influencent directement le coût du crédit, le financement des entreprises, la réindustrialisation, l'emploi et le pouvoir d'achat.
Mais qui décide réellement de la politique monétaire ?
Le sujet n'est pas abordé.
Depuis toujours, la monnaie est un instrument de puissance. Les États-Unis utilisent le dollar comme un levier stratégique, la Chine met le yuan au service de son développement, et les pays des BRICS font de la souveraineté monétaire un pilier de leur indépendance. En Europe, au contraire, la monnaie a progressivement été soustraite au débat démocratique et même aux responsables politiques dans chaque Etat.
Trente ans après Maastricht, le premier enjeu n'est pas (n'est vraiment plus) l'existence de l'euro, mais la capacité de la France à défendre une stratégie au sein de cette monnaie commune. Si elle conserve un siège à la Banque centrale européenne et une Banque de France, elle semble avoir renoncé à porter une vision politique, tandis que d'autres États, notamment l'Allemagne, continuent de défendre méthodiquement leurs intérêts. Dès lors l'Euro est adapté à leurs besoins économiques, pas à ceux de la France.
Le paradoxe est d'autant plus frappant que la BCE elle-même reconnaît désormais la nécessité de renforcer l'investissement, l'industrie et l'innovation européennes. La question est donc avant tout démocratique : qui fixe ces priorités ? La France devrait retrouver une véritable stratégie monétaire européenne, construire des alliances avec les États partageant les mêmes objectifs et faire de la souveraineté économique la capacité d'influencer les décisions qui engagent son avenir.