Coup de gueule du week-end.
En 2022, on nous vendait "l'économie de guerre" à grand renfort de fanfare. En 2026, le clairon se tait et personne ne s'en émeut.
Les Forges de Tarbes sont la seule usine française capable de fabriquer les corps creux des obus de 155 mm du canon
#CAESAr. Selon BFM Business, elles ont tout arrêté entre mi-août et mi-septembre. Les matières premières n'arrivent plus depuis mars, les machines en fin de vie tombent en panne et les salaires arrivent en retard. Plusieurs des 60 salariés témoignent sans donner leur nom, dans un climat de peur. Certains s'attendent déjà à ne plus être payés.
Les commandes, elles, existent. KNDS, seul client, annonce 60 000 à 150 000 corps creux sur 2026-2028. Pourtant, l'usine n'arrive pas à produire. Son actionnaire, Europlasma, tient grâce à des obligations convertibles, un financement que l'AMF associe aux sociétés sans autre solution. Le groupe affiche 35,6 millions d'euros de perte en 2025 et a vendu les murs de l'usine en mars. En avril, il annonçait des négociations exclusives pour céder sa branche défense à un investisseur français resté anonyme. Depuis, silence complet.
Et l'État ? Il a avancé 7 millions d'euros en 2022 et 2023 pour moderniser l'outil, puis il a tourné la tête. Nous ne voyons ni plan de sauvetage, ni réponse claire du ministère des Armées, ni industriel de la BITD qui lève la main.
Pendant ce temps, les Allemands et les Polonais produisent pour eux et pour leurs alliés sans se poser mille questions. Nous, grand pays d'artillerie et de métallurgie, nous confions un maillon unique à un montage financier bancal.
Bravo, la France invente l'économie de guerre à flux tendu : un site unique, un client unique, un actionnaire sous perfusion et zéro marge. Elle se tire une balle dans le pied, puis s'étonne de boiter. La profondeur industrielle, c'est pourtant simple : une seconde source, des stocks de matières premières et un propriétaire à la hauteur. Tant que l'État ne tranche pas, il organise lui-même la défaillance.