Pour bien le rappeler : je suis une détransitionneuse.
C'est en grande partie ça qui m'a fait ouvrir les yeux progressivement à l'âge adulte.
J'ai vécu de la dysphorie depuis ma puberté précoce, à 9 ans et demi, que j'ai vécue comme une amputation de mon enfance à cause de la misogynie et du conservatisme. À cela s'ajoutait une image dégradée de moi-même, puisque je souffrais d'hyperphagie. Il y avait aussi le harcèlement de rue, qui me laissait sidérée à un jeune âge.
J'ai découvert l'idéologie trans assez tôt également, dans des cercles LGBT sur Internet et via des reportages. Évidemment, je me suis aussitôt identifiée aux FTMs, bien qu'à l'époque, on ne parlait pas tout à fait de "genre" non perceptible par les sens, mais d'être "né dans le mauvais corps". Mon niveau de dysphorie allait jusqu'à m'imaginer me couper les seins avec des ciseaux.
Je ne pouvais pas transitionner avant ma majorité et, dès que j'ai eu 18 ans, j'ai fait une transition sociale. Tout le monde me traitait comme "il", puisque je baignais dans un milieu artistique assez woke.
Je croyais qu'il serait difficile d'avoir accès à la testostérone, conformément à ce que j'entendais. Or, il ne m'a fallu qu'un seul rendez-vous avec un(e) psy spécialisé(e) en transidentité pour obtenir un papier me permettant d'aller chez un endocrinologue. Je croyais avoir besoin de prouver que j'étais bel et bien trans, que la personne allait investiguer les choses, mais non. J'ai juste eu à déballer mon monologue.
J'ignore pourquoi ce mythe de la "transition difficile d'accès" continue d'être véhiculé, alors que c'est le système d'autodétermination qui est en place en Belgique et en France, que le mouvement transgenriste a su imposer pour éjecter la dysphorie comme condition de transition.
Quoi qu'il en soit, j'avais ce papier et j'étais déterminée à prendre mon indépendance, loin de cette "famille transphobe", pour pouvoir prendre de la T. Y penser me rendait impatiente, j'étais CERTAINE de moi. Je cherchais dans mon enfance des signes d'une transidentité, et le biais de confirmation faisait son job.
Puis, le doute s'est installé. Je ne voulais pas le prendre au sérieux, car j'avais peur d'avoir fait tout ça pour rien et peur de trahir ceux qui m'avaient genrée correctement et soutenue.
J'avais en fait réussi à freiner mon hyperphagie et j'avais perdu du poids. Je n'avais plus vraiment cette dysmorphophobie.
J'avais aussi réalisé que mon inconfort en tant que femme était lié à ces maux découlant de la misogynie, qui commençaient à s'estomper.
Je ne pourrais pas entrer dans les détails, mais tout portait à croire que, si je débutais le traitement hormonal, ce serait davantage pour ne pas perdre la face que parce que j'en avais besoin.
Durant le confinement, période où j'étais isolée de tout, j'ai donc abandonné cette idée. Et je ne suis jamais allée voir cet endocrinologue.
Aujourd'hui, je sais que, si j'étais allée au bout de cette démarche, ça aurait tourné au cauchemar. Si je n'avais pas eu ce truc négatif de "devoir attendre", j'aurais accéléré les choses et réalisé trop tard mon erreur.
J'ai continué à être une alliée trans après cela, jusqu'à il y a quelques mois à peine, où j'ai découvert le féminisme radical.
Avant cela, je n'avais réfléchi au transgenrisme qu'à la lumière des maux sous-jacents derrière une dysphorie de genre, ainsi que des dérives idéologiques. Mais avec le féminisme radical, j'ai intégré une lecture féministe de ce sujet, découvrant le caractère sexiste et misogyne du concept de genre.
Aujourd'hui, je ne pense pas qu'il y ait de "vrais trans", car cela n'a aucun sens. Personne ne naît dans le mauvais corps. Et il n'existe pas d'âme de femme ou d'homme.
Je ne reconnais que des personnes dont la dysphorie ne peut disparaître et pour lesquelles il est raisonnable de permettre la transition. Le reste relève des symptômes d'une idéologie qui a poussé le délire trop loin et qui met en danger les individus.