📚 Lecture de l'été : Cités Privées Libres, de Titus Gebel.
Je l'avais dans ma pile de bouquins depuis que j'ai commencé à creuser sur Tipolis et le Brunei.
Je m'attendais à un manifeste libertarien de plus, je me m'étais fourré le doigt dans l'oeil.
🧠 L'idée, en une phrase : et si l'État était un prestataire comme un autre ?
Vous signez un contrat.
Vous payez une redevance fixe pour la sécurité, la justice et l'infrastructure de base.
Le gestionnaire ne peut pas modifier ce contrat sans votre accord.
S'il ne rempli pas ses promesses, vous pouvez partir quand vous voulez.
C'est le modèle de votre assureur, appliqué à la coexistence. Gebel ici ne vend pas une utopie, il vend un produit.
⚙️ Ce qui m'a le plus parlé, la partie sur les incitations.
Sa thèse : les démocraties ne manquent pas de bonnes personnes, elles fonctionnent avec de mauvaises incitations.
Celui qui décide ne paie jamais ses erreurs.
Le gestionnaire d'une cité privée, lui, perd ses clients s'il change les règles ou gère mal sa Cité.
C'est exactement le logiciel mental que Bitcoin a installé chez beaucoup d'entre nous : des règles qu'on ne peut pas changer unilatéralement, et une sortie toujours possible. Gebel le cite d'ailleurs comme preuve qu'une structure parallèle aux États peut tenir.
🧭 Et puis il y a le passage que je ne connaissais pas.
2019, au large de Phuket. Une start-up installe un habitat flottant à 12 milles des côtes, dans les eaux internationales. Un couple s'y installe, les pêcheurs locaux leur vendent du poisson, ça marche.
Puis la marine thaïlandaise débarque, les accusent de haute trahison (peine de mort encourue). ☠️
Le couple s'échappe de justesse, prévenu par une source.
La société est aujourd'hui au Panama, où elle construit ses Seapods.
Leçon de Gebel : on ne s'installe pas contre un État, on négocie avec lui.
Investissements et emplois promis avant de venir, jamais après. Et surtout, ne jamais démarrer comme simple zone économique spéciale en espérant grappiller de l'autonomie ensuite. Vous avez déjà investi, vous ne partirez plus, le gouvernement le sait.
C'est mot pour mot la stratégie que Tipolis déroule avec Brunei.
⚖️ Mon bémol.
Le livre est convaincant sur le modèle, plus fragile sur la durabilité. Hong Kong avait tout ce que Gebel décrit, et Pékin a repris la main en 2020.
Próspera a une protection juridique de 50 ans via un traité avec le Koweït et un arbitrage CIRDI en cours, mais le Honduras a préféré sortir de la convention plutôt que d'attendre le jugement.
Un contrat ne vaut que ce que l'autre partie est prête à respecter. Gebel le sait, il consacre un chapitre entier à la question. Il n'a pas de réponse définitive. Personne n'en a.
📖 Reste que c'est le meilleur compte-rendu de l'intérieur sur Próspera que j'ai lu, écrit par celui qui a négocié la ZEDE en 2017, et qui explique sans langue de bois pourquoi tout a fini par déraper.
Si vous vous intéressez à l'archipel plutôt qu'à la ruche, c'est une lecture qui compte.