Si vous voulez comprendre pourquoi les économies finissent par s’affaiblir lorsqu’on applique les raisonnements socialistes, lisez ce post d’Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste.
Nous avons là un remarquable condensé de pensée statique, d’incompréhension de ce que Schumpeter appelait la destruction créatrice, et plus généralement de ce qu’est la création de valeur par les gains de productivité.
Cela fait deux siècles que nous vivons une révolution économique permanente, rendue possible par le progrès technique. Des métiers disparaissent, d’autres apparaissent, des tâches qui coûtaient autrefois très cher deviennent presque gratuites, et c’est précisément pour cette raison que notre niveau de vie augmente. L’intelligence artificielle constitue une nouvelle étape de cette révolution, probablement l’une des plus importantes, puisqu’elle touche cette fois nos capacités intellectuelles.
Le raisonnement d’Olivier Faure consiste à vouloir prélever le gain dès qu’il apparaît. C’est prédation du progrès économique : une valeur nouvelle est créée par l’innovation, donc l’État devrait immédiatement venir la capter, au lieu de laisser cette baisse des coûts se diffuser progressivement dans toute l’économie.
L’exemple de la comptabilité qu’il prend est d’ailleurs particulièrement révélateur. Quelle est, pour une toute petite entreprise, la valeur économique de devoir payer 2 000 ou 3 000 euros par an simplement pour satisfaire aux obligations comptables, fiscales et administratives ? Si demain l’intelligence artificielle permet d’obtenir le même résultat pour 1 000 euros, ou peut-être beaucoup moins, pourquoi faudrait-il empêcher cette économie ? Et surtout, ce que ce raisonnement oublie, c’est la concurrence. Les cabinets comptables se font concurrence entre eux. Si l’IA leur permet demain de produire pour 1 000 euros un travail qui leur coûtait auparavant 2 000, ils ne conserveront pas éternellement les 1 000 euros de différence sous forme de rente. Certains baisseront leurs prix pour gagner des clients, les autres seront obligés de suivre, et une partie importante du gain de productivité sera transférée aux entreprises clientes.
C’est ainsi que fonctionne le progrès économique. Le gain de productivité apparaît d’abord quelque part, puis la concurrence le diffuse sous forme de baisse des prix, d’amélioration des produits, de hausse des salaires ou de nouveaux investissements.
Marx lui-même avait identifié la pression permanente exercée sur la rentabilité du capital, notamment à travers ce qu’il appelait la baisse tendancielle du taux de profit. Mais ce qui importe ici, c’est précisément le mécanisme concurrentiel : une innovation procure d’abord un avantage à celui qui l’adopte ; puis, lorsque les autres l’adoptent à leur tour, cet avantage se transforme progressivement en bénéfice pour l’ensemble de l’économie.
Olivier Faure raisonne au contraire comme si l’économie était un gâteau de taille fixe : si quelqu’un gagne grâce à l’IA, il faudrait nécessairement lui prendre ce gain pour le redistribuer. Or toute l’histoire économique depuis la révolution industrielle montre exactement l’inverse : le progrès vient précisément de ce que le gâteau évolue.
C’est probablement l’une des faiblesses les plus constantes de la pensée socialiste : une vision statique de l’économie, dans laquelle on s’intéresse beaucoup à la répartition de la richesse existante et beaucoup moins aux mécanismes qui permettent d’en créer de nouvelles. C’est aussi une grille de lecture qui a lourdement pesé sur les choix économiques français depuis plusieurs décennies, au moment même où d’autres pays faisaient de l’innovation, de l’investissement et de la compétitivité leurs priorités. Nous sommes sur le point d'en payer le prix.
Il faut un dividende IA !
Dans une entreprise où il y a dix comptables, demain, avec l’IA, il n’y en aura peut-être plus qu’un seul.
Ce sont neuf salaires économisés, mais surtout neuf cotisations sociales en moins pour financer les retraites, l’éducation et la santé, et neuf personnes au chômage prises en charge par notre système de solidarité.
Il faut donc qu’une partie des gains de productivité liés à l’IA bénéficie à la collectivité, avec un dividende IA, pour éviter de fragiliser progressivement notre propre modèle social.