Sophisme. “Parce qu’un système n’était pas parfaitement méritocratique il ne l’était pas du tout, et donc peu importe qu’il le devienne encore moins.”
Évidemment que la situation précédente était imparfaite. Mais le système a permis à des grands auteurs de se faire remarquer et nous a donné, en tant que lecteurs, accès à leur talent. Demain, quand la littérature sera noyée dans une abondance de copié-collé IA (de grande qualité !), ce sera beaucoup beaucoup plus dur pour ces auteurs de se faire remarquer par la qualité de leur plume. C’est une évidence. (D’autant qu’ils subiront eux aussi le soupçon d’avoir écrit avec de l’IA, à cause des pratiques que tu défends)
Maintenant tu répondras sans doute “Ce n’est pas grave, les écrivains classiques auront fait leur temps, la nouvelle forme d’expression permettant de produire le meilleur contenu sera de guider une IA, et si le marché récompense cela quel est le problème ?”
Je réponds:
1) Nous ne sommes pas surs que le marché recompense cela. Tout ce que nous savons c’est que les lecteurs aiment lire de l’IA… quand on leur ment sur la nature du produit !
Donc je n’ai aucun problème à ce qu’Orélien publie un livre produit ainsi. Mais qu’il le dise ! Et si en effet les lecteurs ont une préférence pour ce contenu et se fichent de la méthode de production, ils l’achèteront, et tant pis pour les écrivains humains ! Et si les lecteurs préfèrent l’humain, alors ils alloueront disproportionnellement leur attention à ce contenu.. ce qui préservera l’incitation à le produire.
Il n’y a rien de libéral à ton idée qu’il est sain que les lecteurs soient privés de l’information. Moi je suis pour la compétition, et pour l’information pour les lecteurs. Ta solution crée une inefficacité de marché.
D’autant que tu ne le vois pas, mais la solution “pas de verification IA, les livres entrent en compétition sur la qualité du contenu, les lecteurs n’ont pas l’info et choisissent les textes qu’ils trouvent les meilleurs” n’est sans doute viable que tres tres temporairement. Puisque l’IA va continuer à progresser, à terme, la très grande majorité des livres prisées seront de l’IA. Et peu a peu, parce qu’on ne pourra pas rester aveugles, les lecteurs comprendront qu’il y a une proba immense qu’ils lisent est tres largement un copié collé de Chat GPT. Et si il se trouve que lorsqu’ils savent qu’un roman est de Chat GPT, ils souhaitent peu le lire, alors à ce moment ils cesseront de lire. Le succès des livres IA repose peut être sur la credulité des lecteurs, qui ne durera pas.
2) La période pendant laquelle un humain apporte de la valeur en “guidant” son IA sera de courte durée. Les modèles progressent vite.
Imagine une compétition d’échecs entre dix IA au niveau Elo 10 000. Les résultats de cette compétition seraient-ils très différents si chacune des IA étaient « guidées » par des grands maîtres d’échec (Elo 2500) ? Non. Pire encore : la stratégie optimale pour chacun des grands maîtres serait sans doute de ne rien toucher aux choix de l’IA.
De même, bientôt, une IA sera beaucoup mieux guidée par elle même que par un humain. Le prompt qui permettra de produire le meilleur roman possible ressemblera sans doute à « Produis le meilleur roman possible. ». L’humain n’aura plus sa place dans la production culturelle. Et on peut peut etre s’en rejouir, tout depend du point precedent, à savoir si l’humain valorise, ou non, l’authenticité.
Ma situation ou les deux types de contenu est preferable parce qu’elle aboutit à un résultat optimal dans les deux cas de structure de préférence. La tienne n’aboutit à une solution optimale si le lecteur se fiche de la provenance, ce qui reste à demontrer (et les enquêtes d’opinion etc. pointent largement vers : non. Le succès du livre d’Orélien n’indique rien puisque les lecteurs croyaient lire un humain).
Bref ce serait bien qu’on essaie de tous raisonner un peu plus rigoureusement sur ces sujets, en prenant en compte un peu plus que les effets de premier ordre à horizon six mois.