Guerre et Paix
Il est des images qui tiennent tout seules, comme un tableau qu’on n’aurait pas commandé et qui, pourtant, dit plus vrai que tous les communiqués.
L’un est debout.
Blanc jusqu’au pupitre. Rouge de l’amour et du sang versé pour que nul homme ne soit jamais déclaré superflu. Il parle français, avec fermeté, et il ne parle pas pour lui. Il dit qu’une guerre n’est jamais « inévitable ». Qu’il ne faut pas s’y résigner. Que la paix n’est pas un équilibre des forces, mais un travail de chaque jour. Que la France a vocation d’être un artisan infatigable de cette paix. Et surtout ceci, qui devrait être gravé plus profondément encore que sur la pierre : la dignité inhérente à toute personne humaine trouve un écho dans notre devise. Liberté, égalité, fraternité ne sont pas des mots d’ornement. Ce sont des exigences.
L’autre est assis.
Il tente de donner le change en joignant ses mains et en acquiesçant parfois d’un léger mouvement de tête un discours où chaque mot le transperce comme un poignard. Il apparaît soudain si petit et si laid dans sa vérité. Derrière lui, le torchon étoilé. Pas le drapeau auquel ont cru tous ceux qui ont versé leur sang pour la France, mais l’emblème mortifère d’une Europe qui n’a jamais cessé de provoquer des guerres. Tout un symbole : un pouvoir crépusculaire qui rêve de conflit, quand le peuple n’aspire qu’à la paix.
On ne peut s’empêcher d’y voir un tableau vivant.
D’un côté, l’homme qui rappelle que nul n’est « rien », que chaque personne compte, que la fraternité n’est pas un slogan de fronton mais le refus de trier entre les êtres et de dédaigner « les gaulois réfractaires », « les illettrés », ceux « qui fument des clopes et roulent au diesel ».
De l’autre, le souvenir tenace de celui qui a fait éborgner des manifestants sans états d’âme et dont le sang est une tache indélébile sur notre drapeau tricolore. L’œil était dans la rue et regardait Caïn.
Oh, ce n’est pas une affaire de religion.
C’est l’affaire de la France.
La France qui a choisi de graver sur ses édifices publics trois mots qui interdisent le mépris. Liberté de se tenir debout. Égalité de dignité. Fraternité qui refuse qu’on abandonne quiconque au rang de quantité négligeable.
L’un célèbre l’harmonie possible entre les hommes et refuse que la guerre devienne une habitude de l’esprit.
L’autre, dans cette séquence terrible, paraît déjà ailleurs, comme si la verticalité de la parole l’avait laissé tout en bas, sur sa chaise, foudroyé sous les étoiles.
Deux conceptions de l’humain.
L’une qui relève.
L’autre qui enterre.
Tout est sous nos yeux.
À nous de voir. Ou pas.
Ainsi soit-il.
🇻🇦🇫🇷«Je vous exhorte donc à ne jamais vous résigner à la perspective d’une guerre en la considérant comme “inévitable”», a lancé Léon XIV en français, avec fermeté, face au président français Emmanuel Macron et aux autorités françaises.