Le lampadaire à un million et la glissade à 225,000$
Il fut un temps, pas si lointain, où le Québec semblait s’être regardé dans le miroir. La Commission Charbonneau, lancée en 2011, a mis à nu un système de collusion et de corruption enraciné dans les fondations mêmes de l’industrie de la construction. Pendant des années, des firmes d’ingénierie, des entrepreneurs et des politiciens ont dansé ensemble dans une valse de pots-de-vin, de fausses factures et de favoritisme.
On a cru, naïvement, que cette grande lessive allait purifier le système. Mais aujourd’hui, alors qu’un simple lampadaire à Longueuil coûterait un million de dollars à remplacer, une question s’impose: est-ce que quelque chose a vraiment changé?
Un million pour un lampadaire. Ce n’est pas une métaphore, ni une exagération. C’est un chiffre qui choque, mais qui ne semble déranger ni les élus ni les médias, encore moins les citoyens. On parle ici d’un objet urbain banal, dont le remplacement devrait coûter quelques milliers de dollars, même en tenant compte des normes, de la main-d’œuvre et des matériaux. Alors pourquoi ce chiffre astronomique? Où va l’argent? Qui en profite? Que dire de la glissade dans un parc pour enfants qui coûtera 225,000$!
Ce genre de coût délirant n’est pas isolé. On le retrouve dans les trottoirs refaits trois fois en cinq ans, les bancs de parc à 15 000 $, les toilettes publiques à 500 000 $. Et chaque fois, le citoyen paie, sans explication, sans transparence. Le silence est assourdissant.
La Commission Charbonneau a offert aux journalistes un buffet de scandales. Ils s’en sont régalés. Mais depuis, l’appétit semble s’être éteint. Les médias traditionnels, jadis fervents dénonciateurs, se contentent aujourd’hui de relayer les communiqués gouvernementaux sans poser de questions, en traitant tous ceux qui ne les aiment plus, de complotistes. Le coût d’un projet est mentionné, jamais décortiqué. Le citoyen est informé, mais jamais éclairé.
Pourquoi ce silence? On s’en doute bien. La lassitude face à un système trop opaque? Ou pire, une forme de résignation à la corruption? Car dénoncer sans effet finit par user. Et dans ce vide médiatique, les abus prospèrent. Mon côté complotiste me fait me demander si tout cela ne ferait pas parti d’un plan préétabli.
Quant aux gouvernements, leur rôle est encore plus troublant. Après la Commission Charbonneau, des lois ont été adoptées, des mécanismes de surveillance mis en place. Mais dans les faits, les coûts continuent de grimper, les appels d’offres restent opaques, et les firmes impliquées dans les scandales sont toujours bien présentes. Il suffit de connaître quelqu’un qui travaille dans le domaine, pour savoir que la corruption y est encore très présente.
La corruption au Canada n’est pas absente du paysage. Elle se nourrit souvent dans les zones grises du pouvoir, là où l’influence politique, les intérêts privés et le manque de transparence se croisent. Des affaires comme celle de SNC-Lavalin, impliquant des pots-de-vin versés à des fonctionnaires étrangers et des pressions politiques internes, ont mis en lumière les failles du système. Imaginez le reste!
La corruption d’aujourd’hui n’a plus besoin de sacs de billets. Elle est plus raffinée, plus légale. Elle se cache dans les marges bénéficiaires, les contrats surévalués, les études inutiles. Elle prospère dans l’absence de concurrence réelle, dans les appels d’offres taillés sur mesure. Et surtout, elle se nourrit du silence.
Ce silence est le vrai scandale. Car il permet à un système malade de se maintenir, de se reproduire, de se renforcer. Tant que les citoyens continuent de s’en foutre, tant que les vrais journalistes ne creusent pas, tant que les élus seront aussi malhonnêtes qu’ils le sont, un lampadaire à un million restera possible. Et demain, ce sera un banc à deux millions, un feu de circulation à cinq ou une glissade à 225,000$.