Le déluge est un fait universel et établis :
Oui. Les récits de déluge existent dans de nombreuses traditions **hors** des religions abrahamiques (judaïsme, christianisme, islam). Le motif est l’un des plus répandus de la mythologie comparée.
Le plus ancien récit **écrit** n’est pas biblique : il vient de Mésopotamie.
### Mésopotamie (Sumer, Akkad, Babylone)
- **Ziusudra** (sumérien), **Atrahasis** (« le très sage ») et **Utnapishtim** (dans l’*Épopée de Gilgamesh*, tablette XI).
- Les dieux décident d’exterminer l’humanité (souvent à cause du bruit ou de la surpopulation). Un dieu bienveillant (Enki/Ea) prévient un homme, qui construit un bateau, y embarque sa famille et des animaux. Après le déluge, il lâche des oiseaux (colombe, hirondelle, corbeau). Il offre un sacrifice ; les dieux lui accordent parfois l’immortalité.
Ces textes (Atrahasis vers le XVIIIe–XVIIe siècle av. J.-C.) sont nettement antérieurs à la rédaction de la Genèse. Les parallèles avec Noé sont trop précis pour être une coïncidence : la plupart des spécialistes y voient une influence littéraire proche-orientale.
### Autres grandes traditions non abrahamiques
- **Inde (hindouisme)** : Manu est prévenu par un poisson (Matsya, avatar de Vishnu). Il construit un bateau ; le poisson le tire jusqu’à une montagne. Manu repeuple ensuite la terre. Attesté dans le *Shatapatha Brahmana* et les Purāṇas.
- **Grèce** : Deucalion (fils de Prométhée) et son épouse Pyrrha. Zeus envoie le déluge pour punir l’humanité de l’âge de bronze. Ils survivent dans un coffre ; après le retrait des eaux, ils jettent des pierres par-dessus leur épaule : les pierres deviennent les nouveaux humains.
- **Chine** : le Déluge de Yu le Grand. Moins « arche + couple sauvé » que lutte titanesque contre les eaux. Yu (fondateur légendaire de la dynastie Xia) canalise les fleuves pendant treize ans. Il existe aussi des versions avec Nüwa.
- **Mésoamérique** :
- Aztèques : Tata et Nena survivent dans un tronc d’arbre creux ; après le déluge ils font cuire du poisson et sont changés en chiens pour avoir enfreint un tabou.
- Maya (*Popol Vuh*) : les « hommes de bois » de la deuxième création sont détruits par un déluge de résine noire.
- **Amériques autochtones** : versions nombreuses (Algonquins, Inuits, diverses nations d’Amérique du Nord, du Centre et du Sud) — souvent un couple ou un héros sauvé dans une pirogue, parfois aidé par un animal (castor, rat musqué, etc.).
- **Afrique** : plus rares, mais présentes (Yoruba : Olokun inonde le monde ; Maasaï, Mbuti, Khoisan, etc.).
- **Océanie / Australie / Polynésie** : plusieurs récits de submersion des îles et de survie en pirogue.
- **Europe non grecque** : version nordique où le sang du géant Ymir noie les autres géants ; Bergelmir survit dans un bateau.
James Frazer avait déjà recensé plus de 200 versions au début du XXe siècle. Elles ne sont pas identiques : certaines sont clairement locales (inondations de fleuves, tsunamis, montée des eaux post-glaciaire), d’autres montrent des emprunts (le Proche-Orient vers le Levant et éventuellement la Grèce), d’autres encore semblent indépendantes.
Le motif n’est donc pas propre aux civilisations abrahamiques. Il est plus ancien qu’elles en Mésopotamie et largement répandu ailleurs, avec des variantes qui vont de la destruction totale suivie d’une renaissance à des récits d’aménagement hydraulique (Chine).