Condamnée pour détournement de fonds publics, puis nommée haute fonctionnaire à l'égalité au ministère de la Culture. Le parcours d'Agnès Saal tient dans une note de taxis.
🚨 UNE NOTE DE TAXIS AUX FRAIS DE L'AUDIOVISUEL PUBLIC :
En avril 2015, Le Figaro révèle les notes de taxis d'Agnès Saal, présidente de l'Institut national de l'audiovisuel (INA). En 10 mois, la facture atteint 40 915€ : 7 000€ d'abonnement à la compagnie G7 et 32 000€ de courses.
Dans ce total, 6 700€ de trajets ont été faits par son fils, avec le compte de sa mère. Les trajets du week-end pèsent à eux seuls 7 800€.
Sa défense, citée par La Libre le 27 avril 2015 : elle avait déjà une voiture de service avec chauffeur, mais ne pouvait pas « le faire travailler 12 à 15 heures par jour ni les week-ends ». Elle ne conduit pas. Elle parle d'une « maladresse ».
🔍 DÉMISSION, PUIS RETOUR PAR LA PETITE PORTE :
Le 28 avril 2015, elle démissionne à la demande de la ministre de la Culture, Fleur Pellerin. En juin, la ministre saisit la justice. Le parquet de Créteil (94) ouvre une enquête pour détournement de fonds publics aggravé.
La même habitude apparaît ensuite au Centre Pompidou, où elle était directrice générale avant l'INA : 38 000€ de taxis en un peu plus d'un an, selon ArtReview.
Le 4 janvier 2016, un décret de François Hollande l'exclut de la fonction publique pour 2 ans, dont 18 mois avec sursis. 6 mois dehors, pas un de plus.
Le 11 avril 2016, le tribunal de Créteil (94) la condamne à 4 500€ d'amende pour l'INA. Pour le Centre Pompidou, elle écope de 3 mois de prison avec sursis et 3 000€ d'amende. Ses avocats assurent qu'elle a remboursé 15 940€, dont les 6 700€ de son fils.
📉 LE RECASAGE AU MINISTÈRE DE LA CULTURE :
Dès juillet 2016, elle retrouve une mission au secrétariat général du ministère de la Culture. Puis le 1er septembre 2018, le même ministère la nomme haute fonctionnaire à l'égalité, la diversité et la prévention des discriminations. Elle y reste jusqu'en 2024.
En juillet 2019, le Journal officiel suspend pour 2 ans son titre de chevalier de la Légion d'honneur et annule sa promotion au grade d'officier. La décoration est sanctionnée. La carrière, elle, continue.
Le retour est légal : la sanction était temporaire. Mais le choix, lui, en dit long sur la complaisance de la haute administration envers les siens. Une condamnation pour détournement de fonds publics, et au bout du chemin, un poste chargé de l'égalité.
Combien de Français auraient gardé leur emploi après une telle note ? Pourquoi l'État recase-t-il ses hauts fonctionnaires condamnés ?
Source : Le Figaro (avril 2015), Acteurs publics, Ozap, Europe 1
📷 Photo : Remi Mathis, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons (recadrée)