Je ne vais pas me faire aimer avec ce post.
Mais ce n’est pas grave. J’en ai rien à faire.
Pour moi, les prop firms sont une plaie dans le trading.
Et je vais expliquer pourquoi.
Pendant longtemps, l’argument a été simple :
« Je n’ai pas assez d’argent pour trader. »
Je peux l’entendre.
Mais aujourd’hui, cet argument tient de moins en moins.
Il existe des micro-lots, des micro-contrats et des produits permettant de commencer avec des expositions extrêmement faibles. Sur les indices américains, par exemple, les Micro E-mini représentent 1/10 de la taille des E-mini.
Alors pourquoi vouloir absolument un compte affichant 50 000, 100 000 ou 200 000 ?
Pour se sentir trader ?
Pour avoir l’impression de gérer énormément d’argent ?
Ce chiffre affiché ne vous rend pas plus riche.
Et surtout, il arrive avec quelque chose dont nous parlons beaucoup moins :
la contrainte.
Des règles.
Des limites.
Des objectifs.
Des drawdowns.
Des conditions.
Des interdictions.
Des seuils à ne pas dépasser.
Et encore des règles.
À tel point qu’à un moment, certains traders ne tradent même plus le marché.
Ils tradent leurs contraintes.
« Est-ce que j’ai le droit d’entrer ? »
« Est-ce que je vais dépasser telle limite ? »
« Est-ce que je respecte telle règle ? »
« Est-ce que je peux encore perdre aujourd’hui ? »
« Est-ce que ce trade va compromettre mon compte ? »
Pendant ce temps-là, le marché avance.
Et le cerveau humain, lui, doit absorber tout cela.
Ce n’est pas seulement mon ressenti.
Les recherches sur le stress montrent que le stress chronique affecte négativement les fonctions exécutives, notamment l’attention, la mémoire de travail, l’inhibition et la flexibilité cognitive. Une méta-analyse sur le stress aigu retrouve également une dégradation de la mémoire de travail et de la flexibilité cognitive.
Exactement les fonctions dont un trader a besoin pour observer, décider, s’adapter et exécuter.
Et nous allons volontairement ajouter des contraintes supplémentaires à une activité qui est déjà extrêmement exigeante mentalement ?
C’est là que je ne suis plus d’accord.
Parce que trader, ce n’est pas chercher à supprimer toute incertitude.
Trader, c’est décider dans l’incertitude.
Je vois mon opportunité.
J’entre.
Je sais où mon scénario est invalidé.
J’ai tort ?
Je sors.
Point.
Une invalidation courte et respectée vaut, à mes yeux, beaucoup plus qu’une accumulation de règles censées empêcher le trader de prendre une mauvaise décision.
Parce qu’à force de vouloir tellement éviter de perdre…
certains finissent par ne plus oser trader.
Et il y a un autre sujet dont il faut parler.
En 2024, la FSMA, l’autorité belge des services et marchés financiers, a publié une mise en garde spécifique concernant les sociétés de prop trading destinées aux particuliers.
Elle décrit notamment un système dans lequel les consommateurs paient pour participer à des challenges et parle explicitement de « jeu d’investissement fictif ».
Voilà aussi la réalité derrière le rêve du « funded trader ».
Personnellement, je préfère voir un trader commencer avec 500 € qui lui appartiennent.
Faire 10 €.
Puis 20 €.
Puis 50 €.
Apprendre à perdre.
Apprendre à sortir.
Apprendre à recommencer.
Apprendre à faire grandir réellement son capital.
Petit capital ne signifie pas petit trader.
Et afficher 100 000 sur un écran ne fait pas de vous un trader à 100 000.
Petit à petit, l’oiseau fait son nid.
Et si vous êtes réellement capable de trader…
commencez peut-être par apprendre à faire grandir 500 € avant de vouloir absolument « gérer » 100 000 € qui ne sont pas les vôtres.
Lauriane Montagliani
Consultante en performance mentale