#Burundi: Retour sur le dossier MEDIABOX : le 5e épisode des révélations alourdit encore les soupçons
#FocodeMagazine | 25 avril 2026
Dans une nouvelle publication diffusée ce 24 avril 2026 sur ses plateformes numériques, l’association King Umurundi Freedom revient à la charge sur le dossier du logiciel SIGEFP. Cette fois, elle met l’accent sur deux points troublants : la présence persistante d’Odely Ndiho dans l’environnement de MEDIABOX, et l’existence de deux groupes de travail autour d’un même logiciel. De quoi renforcer l’impression d’un projet mené dans la confusion, au risque d’exposer l’État à un sérieux revers.
Le dossier MEDIABOX ne faiblit pas. Au contraire, il se charge un peu plus à chaque nouvelle publication.
Ce 24 avril 2026, l’association King Umurundi Freedom a diffusé le cinquième épisode de sa série de révélations sur ce qu’elle présente comme des manœuvres destinées à faire attribuer à MEDIABOX le marché du logiciel SIGEFP au ministère burundais des Finances. Et cette nouvelle sortie ajoute deux éléments qui, s’ils étaient confirmés, pèseraient lourd dans l’appréciation du dossier : la situation d’Odely Ndiho, et la façon dont le projet semble être techniquement préparé.
Jusqu’ici, les publications précédentes avaient surtout insisté sur les soupçons de favoritisme, sur la relance controversée d’un appel d’offres, sur la proximité alléguée entre certains responsables et l’entreprise de Donatien Ndayishimiye, ainsi que sur le risque de voir un projet soutenu par la Banque mondiale glisser vers une logique de captation. Avec ce cinquième épisode, le regard se déplace légèrement. Il ne porte plus seulement sur l’attribution du marché, mais aussi sur la manière même dont le projet semble être conduit.
🔴Odely Ndiho, entre ministère et MEDIABOX ?
Premier point soulevé par King Umurundi Freedom : le cas d’Odely Ndiho.
L’association avait déjà affirmé dans ses publications antérieures qu’Odely Ndiho avait quitté MEDIABOX pour être nommée à un poste stratégique de direction au ministère des Finances, en qualité de directrice générale de l’économie numérique. Une nomination que l’organisation présentait comme l’un des leviers ayant permis à MEDIABOX de mieux se positionner sur le dossier du SIGEFP.
Mais cette fois, le propos va plus loin. L’association affirme qu’Odely Ndiho continuerait, ces derniers jours, à fréquenter les bureaux de MEDIABOX, tout en continuant à exercer ses fonctions au ministère. Si cette information est exacte, elle soulève une vraie question : à quel titre se rend-elle régulièrement encore dans l’entreprise qu’elle est censée avoir quittée ?
C’est là que le sujet devient sensible. Dans un dossier déjà traversé par des soupçons de proximité entre l’entreprise privée et des centres de décision publics, une telle situation ne serait pas anodine. Elle renforcerait l’idée d’une frontière devenue floue entre intérêt public et intérêt privé.
Bien sûr, à ce stade, l’association pose une question plus qu’elle n’apporte une preuve définitive. Mais la question est sérieuse : Odely Ndiho travaille-t-elle exclusivement pour l’État, ou reste-t-elle, d’une manière ou d’une autre, dans l’orbite de MEDIABOX ?
Dans ce type de dossier, il faut le rappeler, l’apparence de conflit d’intérêts pèse déjà très lourd. Parfois presque autant que le fait lui-même.
🔴Deux groupes de travail pour un seul logiciel
L’autre révélation importante de ce cinquième épisode concerne l’organisation technique du projet SIGEFP.
Selon King Umurundi Freedom, il y aurait aujourd’hui deux groupes distincts autour d’un seul et même logiciel. Un premier groupe, mis en place en octobre 2025, aurait travaillé sur ce qui est présenté comme le DAO du logiciel. Puis, selon l’association, il serait apparu que ce groupe n’avait pas travaillé sur un élément pourtant fondamental : la spécification du logiciel.
Un second groupe aurait alors été constitué, avec d’autres personnes, pour se pencher précisément sur cette partie.
Si cela est exact, cela pose une difficulté immédiate. Dans un projet informatique sérieux, la spécification n’est pas un détail que l’on traite après coup. C’est le cœur du dispositif. C’est elle qui définit ce que le logiciel doit faire, comment il doit fonctionner, quelles sont ses exigences, son périmètre, ses contraintes et ses objectifs.
Autrement dit, la spécification est le plan avant la construction.
Dès lors, la question que pose implicitement King Umurundi Freedom est redoutable : comment un appel d’offres a-t-il pu être engagé alors que les spécifications du logiciel n’étaient pas encore clairement établies ? Et si elles ne l’étaient pas, sur quelle base les candidats étaient-ils censés soumissionner ?
En clair : comment peut-on mettre un marché en route si l’objet exact du marché n’est pas encore totalement défini ?
🔴Un projet qui donne l’impression d’être monté à l’envers
C’est peut-être là que ce cinquième épisode devient le plus préoccupant.
Car derrière l’existence de ces deux groupes, c’est toute la méthode qui semble vaciller. L’image qui se dégage est celle d’un projet monté dans le désordre, comme si l’on cherchait à faire avancer le processus administratif pendant que la base technique restait encore incomplète.
Un logiciel stratégique ne peut pas être conduit comme un bricolage de dernière minute. Il demande de la cohérence, de la clarté, une chaîne logique de travail. Si l’on en croit l’association, le SIGEFP donne au contraire l’impression d’un chantier lancé alors que les fondations sont encore discutées.
Le risque n’est pas seulement technique. Il est aussi institutionnel. Parce qu’un projet comme celui-là ne concerne pas seulement quelques informaticiens dans un bureau. Il touche à la manière dont l’État gère ses finances, suit ses dépenses, organise ses procédures, pilote son administration. Si le logiciel est mal pensé, mal spécifié ou mal attribué, c’est toute la réforme qu’il est censé porter qui peut être fragilisée.
🔴Le chef de l’État déjà alerté ?
Un autre élément de ce cinquième épisode mérite attention. King Umurundi Freedom affirme que le président de la République se serait rendu, le 5 janvier 2026, de manière inopinée au ministère des Finances, et qu’il aurait notamment fait un passage au bureau d’Odely Ndiho.
L’association laisse entendre que cette visite pourrait être liée à des inquiétudes sur l’état d’avancement du projet financé avec l’appui de la Banque mondiale.
Là encore, rien n’est formellement démontré dans ce seul récit. Mais le simple fait que ce point soit mis en avant montre que, pour l’association, le dossier a déjà dépassé le niveau d’un simple contentieux administratif. Il prend une dimension politique.
Et si les retards, les flottements ou les confusions s’accumulent réellement, il n’est pas absurde d’imaginer qu’au sommet de l’État aussi, des questions commencent à se poser.
🔴MEDIABOX, entreprise favorisée ou entreprise limitée ?
Ce cinquième épisode revient aussi sur une critique récurrente formulée depuis le début de la série : la capacité réelle de MEDIABOX à mener à bien les marchés qui lui sont confiés.
L’association affirme que l’entreprise aurait déjà obtenu plusieurs marchés qu’elle n’aurait pas entièrement exécutés, ou qu’elle aurait laissés inachevés. Si cette accusation devait être étayée, elle serait très lourde. Car elle ferait glisser le dossier d’une suspicion de favoritisme vers une suspicion plus grave encore : celle d’une entreprise qui continuerait à obtenir des marchés stratégiques malgré des performances insuffisantes.
Autrement dit, la question ne serait plus seulement : pourquoi MEDIABOX est-elle autant favorisée ?
Elle deviendrait aussi : pourquoi continue-t-on à lui confier des projets sensibles si ses capacités sont contestées ?
C’est cette interrogation qui rend le dossier politiquement dangereux. Parce qu’elle touche au cœur de la décision publique.
🔴Un dossier qui change de nature
Au fond, ce cinquième épisode fait franchir un palier au dossier.
Au départ, les révélations donnaient surtout à voir une bataille autour d’un marché : qui allait l’obtenir, comment, à la faveur de quels appuis, au détriment de qui. Désormais, le regard se déplace aussi vers le contenu même du projet : la manière dont il est préparé, encadré, organisé, techniquement pensé.
Ce n’est plus seulement la question de l’attribution qui est posée. C’est celle de la fiabilité du projet lui-même.
Et c’est là que le dossier devient plus lourd. Car un marché controversé est déjà une affaire sérieuse. Mais un marché controversé autour d’un projet mal structuré, mal préparé ou techniquement confus, cela devient une affaire de gouvernance.
🔴Le silence devient de plus en plus coûteux
Comme pour les épisodes précédents, les révélations de King Umurundi Freedom demandent encore à être confrontées à des documents, à des réponses officielles et à des vérifications indépendantes. Mais leur accumulation produit déjà un effet politique clair : elle rend le silence de plus en plus difficile à tenir.
Si les faits allégués sont faux, il faut les démonter clairement. S’ils sont exacts, ils posent un problème grave.
Dans les deux cas, continuer à ne rien dire revient à laisser prospérer l’idée qu’un projet majeur de l’État est en train d’être conduit dans la confusion, avec des intérêts privés trop proches du centre de décision, des étapes techniques mal ordonnées et un risque réel de blocage.
Au bout du compte, ce cinquième épisode ramène le dossier à une question simple : le SIGEFP est-il encore un projet de réforme publique, ou devient-il peu à peu un projet capturé, brouillé et fragilisé de l’intérieur ?
Tant que cette question restera sans réponse claire, chaque nouvelle révélation pèsera un peu plus lourd que la précédente.
#FocodeMagazine | Gordien Niyungeko
@GeneralNeva,
@NtareHouse,
@KwaNtare,
@BurundiGov,
@FinancesBdi,
@mediabox16,
@Dndayish,
@nshingamateka,
@Burundi_senat,
@ARMPBurundi,
@KUF_ASBL,
@BankiNkuru,
@BM_Afrique,
@Banquemondiale,
@AlbertZeufack,
@WorldBankAfrica,
@WorldBankGroup,
@IMFNews,
@anticorruption,
@ParcemBurundi