#Mukaza : quatre milliards pour achever un bâtiment, les dessous d’un scandale communal
#FocodeMagazine | 25 septembre 2026
Près de quatre milliards de francs burundais pour achever un bureau communal dont les travaux antérieurs avaient coûté 707,7 millions. Des marchés attribués de gré à gré, des devis absents, des paiements difficiles à retracer. Un rapport de la commission ad hoc du conseil communal de Mukaza, dont
#FocodeMagazine est en possession, soulève une série de questions sur la gestion des travaux publics. Nous les examinerons une à une dans un feuilleton d’investigation.
Le chiffre tient sur une ligne. Il oblige pourtant à reprendre tout le dossier : 3 986 784 875 francs burundais. C’est le montant prévu pour le parachèvement du bureau communal de Mukaza, marché remporté par l’entreprise PN GROUP. Dans le rapport qu’elle a signé le 28 août 2026, la commission ad hoc rappelle que les travaux réalisés auparavant — fondations, chaînage, dalles, murs et couverture — avaient coûté 707 730 975 francs. Le parachèvement représenterait donc plus de cinq fois cette première dépense.
Que reste-t-il à construire pour un tel montant ? Quels ouvrages figurent au devis ? À quels prix ont été évalués les matériaux et la main-d’œuvre ? La commission dit ne pas avoir reçu le devis confidentiel et détaillé qu’elle réclamait. Elle recommande une contre-expertise indépendante. C’est autour de cette question, très concrète — qu’a-t-on payé, et pour quels travaux ? — que commencera notre enquête.
Le rapport en possession de
#FocodeMagazine n’est pas une dénonciation anonyme. La commission a été désignée par une lettre du 17 août 2026 pour vérifier les activités réalisées par la commune au cours de l’exercice 2025-2026. Elle réunissait Justine Nisubire, présidente, Janvier Nsengiyumva, vice-président, J. M. Vianney Ntahomvukiye, secrétaire, ainsi que Gervais Ndihokubwayo et Fulgence Sindayihebura. Ses membres ont examiné les dossiers qui leur ont été remis, demandé les historiques bancaires couvrant la période de septembre 2025 à août 2026 et visité plusieurs chantiers. Au terme de ce travail, ils ont signé un rapport de seize pages.
Ce rapport ne décrit pas une seule opération contestée. Il fait apparaître, marché après marché, des questions sur la manière dont les travaux ont été autorisés, attribués, payés et réceptionnés.
À l’ECOFO Mutanga Sud, la clôture a été inscrite au budget pour 117 951 620 francs : l’offre retenue porte exactement le même montant. À l’ECOFO Gitongo, le budget et la soumission pour des travaux de pavage, de crépissage et de huisserie affichent tous deux 139 284 840 francs. La commission juge ces concordances préoccupantes et demande que l’indépendance des estimations soit vérifiée. Une identité de montants ne prouve pas, à elle seule, une entente. Elle appelle cependant une explication appuyée par les devis et les pièces de passation du marché.
Ailleurs, c’est la procédure elle-même qui interroge. Selon le rapport, plusieurs marchés scolaires ont été attribués de gré à gré sans que la commission ait reçu de délibération du conseil communal autorisant leur attribution. Pour le pont Mukombe, chiffré à 484 935 544 francs dans l’offre retenue, la commission indique que l’avis du conseil a été demandé après le début des travaux. Des opérations plus modestes — la réhabilitation de la salle Montana, l’aménagement du boulevard Mwezi Gisabo ou celui du monument du Soldat inconnu — auraient été réglées par mandat. Pour certaines, le rapport relève l’absence de devis au moment de sa visite.
Les questions ne s’arrêtent pas aux contrats. Lors de leur descente sur le terrain, les membres de la commission disent avoir constaté qu’à la salle Montana, une partie du plafond paraissait neuve tandis qu’une autre était restée intacte, alors qu’il leur avait été expliqué que l’ensemble avait été réhabilité. Le rapport mentionne également des travaux terminés sans procès-verbal de réception mis à leur disposition. Sans cette pièce, comment établir officiellement que l’ouvrage livré correspond à l’ouvrage commandé ?
Enfin, trois projets apparaissent dans un rapport de la Direction provinciale du développement communautaire alors que la commission les classe parmi les activités non réalisées : un poste de soins à Buyenzi, trois salles de classe à Mutanga Sud et une clôture à l’ECOFO Gitongo. La commission demande pourquoi ils figurent dans ce rapport et ce qu’il est advenu des crédits éventuellement prévus pour eux.
Ces éléments ne constituent pas une preuve de détournement. Le rapport lui-même demande de vérifier contradictoirement les faits avant de conclure à une fraude, une complicité ou une surfacturation. Il va toutefois plus loin qu’un simple relevé d’archives incomplètes : dans sa conclusion, la commission évoque des manquements aux dispositions légales et des pratiques administratives inappropriées. Elle recommande que les responsabilités soient établies et que les mesures qui s’imposent soient prises.
#FocodeMagazine suivra cette piste sans brûler les étapes. Chaque épisode partira d’un marché, de ses chiffres et des constats écrits de la commission. Il distinguera ce qui est établi par les documents, ce qui relève de l’appréciation de leurs auteurs et ce qui reste à vérifier. Les responsables communaux et les entreprises concernés pourront apporter leurs explications.
Dans le prochain épisode : le bureau communal de Mukaza. Quatre entreprises étaient annoncées en compétition. PN GROUP a remporté le marché avec une offre de 3 986 784 875 francs — exactement le montant prévu au budget communal. Comment ce prix a-t-il été fixé ? Et que contient le devis détaillé que la commission dit ne pas avoir obtenu ?
#FocodeMagazine — Les faits au-delà des discours
La Rédaction
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