Manifestation à
#Genève contre les renvois vers le
#Burundi : « Où sont ceux que la Suisse a expulsés ? »
#FocodeMagazine | 23 septembre 2026
Le 18 septembre, une centaine de personnes ont réclamé, sur la place des Nations, la suspension des renvois de demandeurs d’asile vers le Burundi. Irène Blanc, de l’association Droit de rester Neuchâtel, a dénoncé les risques encourus après le retour. Un représentant des Burundais de Suisse a demandé des nouvelles de personnes déjà expulsées. Pour Me Janvier Bigirimana, du FOCODE, les renvoyer revient à les envoyer « à l’abattoir ».
Genève. Dix-sept renvois. Le chiffre, avancé par Irène Blanc, tient en deux mots. Il ne dit rien des jours qui ont suivi, des familles restées en Suisse ni des nouvelles qui ne viennent pas. Sur la place des Nations, vendredi 18 septembre, un représentant de la communauté burundaise prend la parole pour parler de ceux que les manifestants connaissaient. « Est-ce qu’ils sont encore en vie ? Ne sont-ils pas en prison ? » demande-t-il.
Une centaine de personnes se sont rassemblées dès 18 heures contre les renvois vers le Burundi. Le choix du jour donne à leur démarche une portée particulière : quelques heures plus tôt, Fortuné Gaëtan Zongo, rapporteur spécial des Nations unies, présentait devant le Conseil des droits de l’homme son nouveau rapport sur la situation du pays. Aux autorités suisses, les manifestants adressent une demande précise : tenir compte des risques encourus après un retour forcé.
Irène Blanc, de Droit de rester Neuchâtel, affirme que 17 personnes ont été renvoyées de force vers le Burundi depuis décembre 2024, dont onze lors d’un vol spécial le 21 avril 2026. La coalition mobilisée contre ces renvois, dit-elle, alerte la Suisse depuis près d’un an. Elle assure avoir transmis aux autorités des témoignages, accompagnés de preuves, faisant état d’interrogatoires, d’arrestations, de détentions et de violences après le retour. Elle cite également un rapport publié en août 2026 par le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides de Belgique qui, selon elle, documente les préjudices subis par plusieurs personnes renvoyées par la Suisse.
cgra.be/fr/infos-pays/traite…
Me Janvier Bigirimana, qui s’est joint aux manifestants au nom du FOCODE, porte l’avertissement plus loin. Il juge alarmante la situation des droits humains au Burundi et rappelle que, selon lui, les autorités burundaises considèrent les demandeurs d’asile et les réfugiés comme des ennemis du pays. Renvoyer ces personnes, soutient-il, équivaut à les renvoyer « à l’abattoir ». La formule est dure. Elle traduit la conviction qu’un retour ne peut être évalué sans prendre en compte la manière dont ces personnes risquent d’être perçues à leur arrivée.
Le représentant des Burundais de Suisse, lui, revient à ceux qui ont déjà été renvoyés. Parmi eux, explique-t-il, figurent des amis, des frères et des sœurs avec qui certains partageaient leur quotidien. Il dit être sans nouvelles de plusieurs d’entre eux. Il interroge la cohérence de la position suisse : comment reconnaître les préoccupations internationales concernant le Burundi tout en continuant à y expulser des demandeurs d’asile déboutés ?
Organisée par la Coalition d’associations suisses contre le renvoi vers le Burundi, Droit de rester Neuchâtel et Solidarité Tattes, en collaboration avec la communauté burundaise vivant en Suisse, la manifestation a réuni des demandeurs d’asile, des réfugiés et des organisations burundaises en exil. Aux côtés du FOCODE figuraient King Umurundi Freedom, représenté par Vianney Nizigiyimana, et l’APRODH.
« Nos vies ne sont pas des dossiers », rappelait l’un des slogans. Les revendications, elles, sont détaillées : suspendre immédiatement les renvois, réexaminer la pratique du Secrétariat d’État aux migrations à la lumière des informations récentes et prendre explicitement en compte le risque de persécution après le retour.
La Suisse est ainsi interpellée sur deux temps d’une même décision : le danger qu’elle évalue avant le départ et le sort des personnes une fois renvoyées. Sur la place des Nations, les manifestants ont demandé qu’aucun nouveau dossier ne fasse oublier les dix-sept précédents.
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La Rédaction
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